Égalité de rémunération et de salaire minimum pour l’égalité des genres

Les politiques visant à fixer un salaire minimum peuvent contrer le ralentissement de la croissance des exportations et le déclin des revenus du tourisme.

IDans un contexte de troubles sociaux, de mécontentement et de revendications accrues en matière de justice sociale et d’emploi, en particulier chez les jeunes, plusieurs pays, dont la Jordanie,le Liban, Oman et le Territoire palestinien occupé, ont élevé le niveau des salaires minima et pris des mesures pour améliorer les conditions de travail.

Dans les États arabes, l’OIT a apporté son appui à des organisations de travailleurs, anciennes ou nouvelles, dans la perspective d’établir sur une base large des institutions, démocratiques et représentatives, qui puissent répondre  aux difficultés sociales, économiques et politiques de la transition. Dans le Territoire palestinien occupé, l’OIT a appuyé un processus de réforme globale de la législation mettant fortement l’accent sur l’égalité entre les genres. En mai 2013, la convention collective historique qui a été signée dans l’industrie du vêtement en Jordanie devrait améliorer les conditions de travail de quelque 55 000 travailleurs.

Better Work en Jordanie

La Jordanie a connu en 2011 un nombre sans précédent de grèves et de manifestations. Le gouvernement a réagi à la vague actuelle de mécontentement en accélérant le rythme des réformes, qu’il s’agisse de la réforme constitutionnelle ou législative, ou de celle de la politique socio-économique. Une Stratégie nationale de l’emploi, qui place le travail décent pour les Jordaniens en tête des priorités tripartites du développement, a été officiellement adoptée en mai 2011.

Better Work in JordanEn partenariat avec l’International Finance Corporation (IFC) et en collaboration avec des intervenants locaux et internationaux, l’OIT vise à réduire la pauvreté dans le pays en élargissant les possibilités de travail décent dans le secteur de l’habillement. Elle cherche à améliorer la compétitivité de cette industrie en stimulant les performances économiques au niveau de l’entreprise et en renforcant le respect de la législation jordanienne du travail et les normes fondamentales du travail de l’OIT.

En Jordanie, les mandants tripartites ont adopté une stratégie pour parvenir à garantir la durabilité du secteur du textile grâce au système Better Work, en renforcant  le respect des  normes du travail pour en garantir la viabilité politique, financière et managériale à long terme. Le gouvernement a demandé que toutes les entreprises exportatrices de vêtements participent à cette initiative.

Quelques résultats principaux

  • Cinquante-neuf usines employant 40 000 travailleurs, représentant 90 pour cent de la main-d’œuvre du secteur, ont reçu un appui pour pour renforcer le respect des normes du travail.
  • Les risques d’exploitation et de violations des droits de l’homme ont diminué grâce à au respect de la législation relative au travail forcé.
  • En 2012, 94 pour cent des travailleurs de Jordanie indiquaient avoir en leur possession leurs passeports, soit une augmentation de 19 points par rapport à 2010, celle-ci est aussi particulièrement importante pour les deux tiers des travailleurs jordaniens qui sont des migrants internationaux.
  • Les travailleurs signalent d’importantes améliorations en matière de santé et de sécurité au travail.
  • Les préoccupations relatives au harcèlement sexuel ont diminué de 10 pour cent.
  • La plupart des usines engagées dans le système Better Work sont des fournisseurs préférentiels des chaînes d'approvisionnement mondiales.

Les récents soulèvements arabes ont mis en évidence l’énorme déficit en matière de travail décent des marchés du travail dans les pays arabes, y compris l’exclusion des femmes. Bien qu’elles soient de plus en plus instruites, la plupart des femmes sont sans emploi ou invisibles dans la main-d’œuvre de ces pays : les taux de participation féminine au marché du travail sont plus faibles que dans toute autre région, atteignant à peine 25 pour cent en Afrique du Nord et moins de 20 pour cent au Moyen-Orient.

La discrimination envers les femmes sur les lieux de travail reste inscrite dans les lois, réglementations et procédures nationales de toute la région, comme dans des normes sociales et culturelles largement pratiquées. Cela s’applique aussi à l’« égalité de rémunération pour un travail de valeur égale » – droit universel dont la plupart des femmes arabes sont exclues.

En Jordanie, le Comité directeur national pour l’équité salariale conduit, avec l’appui de l’OIT, un processus national d’apprentissage exceptionnel au Moyen-Orient, qui vise à examiner les obstacles juridiques et pratiques qui perpétuent l’inégalité salariale. Les chiffres officiels donnent à penser que le fossé salarial entre les genres pourrait être plus élevé dans certains secteurs, atteignant par exemple 41,3 pour cent dans le secteur manufacturier, par exemple.

Cette révision législative donne aux responsables gouvernementaux, aux organisations de travailleurs et d’employeurs, aux décideurs, aux praticiens et aux formateurs les moyens de s’engager dans un dialogue national sur  la nécessité de politiques et de lois favorables à l’égalité des genres, pour la promotion de l’autonomisation économique des femmes grâce à un système de rémunération plus équitable. Il est crucial de comprendre le lien existant entre l’équité salariale et l’autonomisation économique des femmes pour relever les défis du marché du travail en Jordanie.

Nous nous joignons, dans nos initiatives, à tous ceux qui luttent pour l’égalité entre les genres.

Guy Ryder, Directeur général du BIT